Enfer, ou pas?

Ces derniers temps aux États-Unis il y a eu pas mal de remous après la publication du dernier livre de Rob Bell. Il y pose la question de la compatibilité de l’amour de Dieu avec l’enfer et en particulier avec des souffrances éternelles. Je n’ai pas lu ce livre, mais il me semble qu’il pose plus la question plutôt que d’y amener des réponses définitives.

J’aimerais vous partager ma compréhension actuelle de ce sujet difficile.

Pendant longtemps, j’ai défendu plutôt mollement la position évangélique habituelle sur le sujet. Mollement, comme beaucoup, car c’est une question assez troublante. Parfois, on subit la pression de l’horreur de l’enfer pour nous mener à évangéliser plus, mais il ne semble pas que ce soit une motivation très convaincante, vu le peu d’effets.

Mais depuis un deux ans, ma position à ce sujet a radicalement évolué.

D’abord, j’ai entendu parler sur internet du témoignage d’un Américain (encore un !), qui avait été en enfer et qui y avait souffert de démons. Curieux, comme d’habitude, j’ai voulu en savoir plus et j’ai appelé papa Google à la rescousse. J’ai été surpris de trouver de fortes remises en question bibliques d’un tel témoignage, démontrant qu’il n’y avait rien de biblique à une telle expérience et que cette notion de l’enfer devait beaucoup plus à la Divine Comédie de Dante qu’aux Écritures. Poursuivant ma recherche j’ai découvert la doctrine de l’annihilationisme : elle dit que si le feu brûle éternellement, c’est pour consumer, pour réduire en cendre, pas pour conserver indéfiniment dans la souffrance. Cette compréhension semble beaucoup plus proche de la compréhension juive de l’époque de Jésus que celle des tourments éternels. John Stott, qui était une référence, sinon la référence évangélique dans le monde anglo-saxon avait des difficultés avec la doctrine des tourments éternels et il penchait du côté de l’annihilationisme. Un Dieu qui ferait souffrir éternellement des hommes paraît bien pire qu’un Hitler.

De plus, il y a un gros problème avec la doctrine de l’enfer, surtout en français, c’est que le mot n’apparaît pas dans la plupart des bibles. Enfer vient du mot latin « infernus » (qui est en dessous), et quand on est enterré on est en dessous du sol, donc cela pourrait signifier « séjour des morts », mais en faire un lieu de tourments et de souffrances paraît aller bien au-delà des textes.

J’insère ici une citation de Wikipedia qui montre que ce n’est qu’assez tardivement que la doctrine évangélique actuelle, qui dérive de celle du catholicisme, a été acceptée :

Au début de la chrétienté : Les premiers écrivains chrétiens utilisèrent le terme enfer pour désigner les limbes des pères, dans lesquels les âmes des justes décédés avant l’avènement du Christ attendaient leur rédemption, et qui sont mentionnés dans le Symbole des Apôtres, « Il [Christ] descendit aux enfers », le purgatoire, lieu de purgation des péchés véniels et qui conduit toujours au ciel, et enfin le lieu de châtiment de Satan et des autres anges déchus ainsi que de tous les mortels morts sans s’être repentis de leurs péchés graves. Cette dernière interprétation est la plus acceptée de nos jours.

La croyance dans l’existence de limbes pour les jeunes enfants non baptisés, où ils auraient joui d’une félicité naturelle mais où le bonheur suprême de voir Dieu leur était refusé, n’a jamais été officialisée par l’Église catholique avant d’être définitivement balayée le 19 avril 2007, comme contraire à l’universalité du salut offert par le Christ à tous ceux qui le veulent8.

La durée des châtiments en enfer a fait l’objet de controverses depuis les premiers temps du christianisme. L’écrivain et théologien chrétien du IIIe siècle Origène et son école, l’école d’Alexandrie, enseignaient que ces châtiments avaient pour but de purifier des péchés, et qu’ils étaient proportionnels à l’importance des fautes commises. Origène soutenait qu’avec le temps l’effet purificateur serait obtenu chez tous, même les mauvais, que le châtiment finirait par cesser et que ceux qui se trouvaient en enfer pourraient enfin avoir droit au bonheur. Cette doctrine fut condamnée par le deuxième concile de Constantinople en 553, et la croyance en un châtiment éternel en enfer devint caractéristique des Églises orthodoxe et catholique. Elle passa également dans les symboles des Églises réformées, mais la doctrine de l’enfer fut rejetée par les penseurs les plus radicaux de la Renaissance. ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Enfer #Selon_le_christianisme )

Mais cette citation me paraît inexacte pour l’orthodoxie. Chez les Orthodoxes, il n’y a qu’un seul lieu après la résurrection générale, tous seront dans la présence sainte de Dieu. J’en ai déduit que ceux qui aiment Dieu et qui ont été délivrés de la corruption par leur adhésion au Fils de Dieu vivront dans sa parfaite lumière et en jouiront pleinement. Mais sa lumière sainte brûlera toute corruption et elle brûlera ce qui est corrompu. Je crois que certains seront complètement corrompus et seront anéantis, tandis que beaucoup seront purifiés de leur corruption et qu’ils survivront et même qu’ils vivront éternellement.

Dans ma compréhension, il faut aussi relever que la notion « d’aller au ciel » donne une conception erronée de la vie éternelle. Bibliquement, il n’y a pas de survie de l’âme, mais une résurrection corporelle générale sur une terre et dans un univers renouvelés et débarrassés de la corruption, mais c’est un point que je développerais un autre jour.

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  1. #1 by tommyab on 20 octobre 2011 - 02:11

    gros sujet !

    et bonne façon de s’assurer de se faire traiter d’hérétique !

    😉

    connais-tu la position de Barth?
    on la qualifie de “reverent agnostism”… c’est-à-dire qu’on ne se prononce pas, mais qu’on espère que l’ahinillation, ou l’universalisme sont le plan de Dieu.

    voir cet excellent texte: http://books.google.ca/books?id=Ns5TNMvrTxgC&lpg=PP1&dq=disruptive%20grace%20studies%20in%20the%20theology%20of%20karl%20barth&hl=fr&pg=PA226#v=onepage&q&f=false

    le problème de la doctrine catholique/évangélique/protestante de l’enfer, c’est que ça devient une fin qui justifie les moyens. (tous les moyens sont bons pour éviter la fin… incluant baptiser tout le monde, et incluant manipuler les foules et rendre le message facile, pour s’assurer de faire des sauvés.)
    et par les moyens utilisés (propagande, manipulation, réduction de l’évangile) , on nie l’évangile lui-même.

  2. #2 by Désiré Rusovsky on 20 octobre 2011 - 09:49

    Intéressant, sans doute un livre à commander, merci!

  3. #3 by Nioniotte on 20 octobre 2011 - 20:42

    Dans la bible il me semble qu’il y aie peu de “description” de l’enfer on? Tout ce que l’on sait c’est que l’on sait pas grand chose non?

    • #4 by Désiré Rusovsky on 20 octobre 2011 - 23:16

      Il y a des descriptions de ce qui se passe après notre mort, mais ce n’est pas sûr qu’elles soient toutes complémentaires si on les prends au sens premier. À mon avis plusieurs sont des métaphores.

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