Prédication sur Luc 10 : 25-28 (le bon Samaritain)

Partage de quelques prédications particulièrement pertinentes du pasteur Étienne Roulet dont voici la troisième.

Textes bibliques : Esaïe 55 : 8-11 / I Jean 4 : 7-12 / Luc 10 : 25-28

Luc 10. 26 : « Qu’est-il écrit » ? et « comment lis-tu » ? Deux questions dans ce dialogue entre Jésus et un maître de la Loi, qui introduit la parabole du Bon Samaritain. Deux questions qui résument ce que j’ai essayé de vous apporter pendant deux ans, en prédication ou étude biblique. Donc ma manière de lire, recevoir, comprendre, interpréter la Parole de Dieu.

Le point de départ est comme souvent une question-piège, pour obliger Jésus à donner une seule réponse et ouvrir une contestation, une dispute théologique, une opposition intellectuelle. Et Jésus, comme souvent aussi, renvoie la balle : « à toi de le dire, tu le sais très bien » ! Première réflexion : la Bible n’est pas un terrain de dispute entre théologiens ou entre confessions, c’est un lieu de rencontre (personnelle et communautaire) avec la parole de Dieu. Il n’y a pas une réponse unique (juste ou fausse), une seule manière de lire (bonne ou mauvaise), c’est un chemin de méditation, d’appropriation et d’approfondissement progressif.

Deux questions donc, pour deux démarches successives, quand on s’approche de la Parole, la 1ère plus objective, la 2ème plus subjective. « Qu’est-ce qui est écrit » ? cela paraît simple, il suffit de lire ! Mais la démarche est plus complexe, pour 4 raisons au moins :
– Jésus dit bien «dans la Loi», donc dans l’ensemble des textes fondateurs (ici le Pentateuque). Chaque passage lu s’insère dans un tout, dans une histoire, dans le dévoilement progressif de la volonté de Dieu. Sa Parole est multiple, elle n’est pas figée, elle en marche dans l’Histoire. Alors que notre tendance est souvent d’isoler ou de privilégier les passages qui nous plaisent, et de laisser ceux qui nous dérangent. Il faut donc considérer le tout.

– Ensuite tout passage a un contexte de vie : qui a écrit quoi, quand, où, à qui, pourquoi ? La parole est toujours incarnée, vivante. L’Ecriture est le reflet de ce que certains ont compris dans leur contexte précis. Notre tendance (notre désir ?) est d’utiliser les versets de la Bible comme des recettes. La Bible n’est pas un code de règlements, de préceptes, immuables pour toute situation. Aujourd’hui, la Parole est toujours la même, mais à comprendre dans un contexte tout différent.

– 3ème aspect : qu’est-ce qui est écrit précisément ? quels mots, quel sens faut-il découvrir ? au-delà des habitudes et traditions. Vous connaissez mon intérêt pour fouiller le sens exact des mots et traquer les contresens (cf. quelques exemples récents), pour donner couleur et profondeur au texte.

– Enfin : qu’est-ce qui n’est pas écrit ? accepter les silences, les passages difficiles, les incompréhensions, ne pas surinterpréter pour résoudre à tout prix la difficulté.

En gros, la réponse du maître de la Loi est correcte : la vie éternelle est liée à l’amour pour Dieu et le prochain. Et Jésus le reconnaît (v. 28). Mais après ? « Fais cela et tu vivras, ou : accomplis-le et tu seras en vie ». Va plus loin, sors de la discussion intellectuelle, de la controverse théologique, mets-toi en route, dépasse la « lettre morte ». Il ne suffit pas de lire ce qui est écrit, il faut « entrer dans la parole ». D’où la seconde question :

« Comment comprends-tu ce que tu lis » ? qu’est-ce que tu en fais concrètement, comment cela entre-t-il dans ta vie, et la change ? Là aussi, plusieurs niveaux :

– Quelles sont nos approches, nos méthodes, nos présupposés de lecture : critiques ou confiantes, enthousiastes ou blasées, fondamentalistes ou rationalistes ? Qu’attendons-nous de cette Parole ? Sommes-nous prêts à nous laisser interroger, bousculer, ou pensons-nous déjà tout savoir ?

– A quel niveau intérieur redevons-nous cette parole ? dans la tête, ou aussi dans le cœur (cf. la lectio) ? et avec qui, où la partageons-nous ?
– Dans quel contexte personnel la recevons-nous ? difficulté de vie ou période heureuse ? poiur répondre à quelle situation, quel problème, quelle question ? tout cela modifie ma lecture, lui donne une couleur particulière !

– Enfin, quel temps, quel espace (lieu et temps) nous donnons-nous pour soigner l’écoute et son cadre ?

Il est important de ne pas faire dire à la Parole seulement ce que j’en attends, mais me mettre en route avec elle pour aller plus loin (Ps. 119 : 105). Accepter aussi qu’il n’y a pas une seule manière de lire, qui serait absolue et objective : on interprète toujours à partir de ce qu’on vit et de ce qu’on est. De ce point de vue, la parabole du Bon Samaritain est intéressante : le prêtre et le lévite ont laissé le blessé au bord de la route à cause justement de leur lecture restrictive et rituelle de la Loi, ils ne se sont pas laissé « mettre en route » par elle.

Alors tout cela peut paraître compliqué, décourageant ! Ce serait si simple si… Il y a aussi le risque (le reproche ?) de relativiser : chacun peut-il interpréter comme il veut ? Pour moi c’est surtout stimulant et passionnant : je suis responsable actif (et non agent passif) de la Parole qui m’est adressée. Je suis appelé à « agir » cette Parole. La communion de l’Esprit et de l’Eglise est le garde-fou à toute relativisation.

Surtout, c’est Dieu qui l’a voulu ainsi : il a confié sa Parole à des témoins humains et imparfaits (prophètes, évangélistes, apôtres), et il s’est incarné en Jésus-Christ dans un temps, lieu, contexte social donné (cf. Jean 1 : 14). Nous aussi sommes invités à être plus que des lecteurs, des témoins de sa Parole qui doit revenir à lui (Esaïe 55 : 11). Ma conviction est que la parole de Dieu dépasse toujours l’Ecriture, Dieu est Parole et n’a rien écrit. Il faut toujours chercher, dans l’Ecriture, quelle Parole s’y incarne. Je suis convaincu que Dieu nous fait confiance pour interpréter, nous veut intelligent (« que lis-tu, comment comprends-tu » ?) et nous veut agissant (« fais cela »). Parce que Dieu veut pour nous la Vie : « … et tu vivras ». Amen.

Étienne Roulet

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